Divertissement

J’étais À Quelques Secondes De Dire « Oui » Quand J’ai Reconnu Au Cou De Ma Belle-Mère Le Médaillon De Ma Mère Disparue Depuis 15 Ans

“ Je suis restée le téléphone collé à l’oreille, écoutant le silence qui avait remplacé la voix de ma mère.

— Maman ?

Rien.

— Maman !

J’ai rappelé immédiatement. Une sonnerie. Deux. Puis une voix automatique m’a annoncé que le numéro n’était plus accessible.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ? demanda Antoine.

Je regardais les trois personnes devant moi.

Mon père.

Hélène.

Antoine.

« Celui qui a pris les dossiers est encore avec vous. »

Ma mère n’avait pas dit « dans la famille ». Elle n’avait pas dit « au mariage ».

Elle avait dit « avec vous ».

À cet instant précis, nous étions quatre dans cette pièce.

— Camille ? insista Antoine.

Je me suis forcée à respirer.

— Elle a dit de ne pas aller à la maison.

Michel s’est levé brusquement.

— Alors nous n’y allons pas.

— Et ensuite ?

— Nous appelons la police.

— Pour leur dire quoi ? Que ma mère officiellement disparue depuis quinze ans vient de m’appeler depuis un numéro inconnu pour me parler de dossiers qui ont disparu il y a quinze ans ?

— Nous avons la lettre.

— Une lettre qui accuse indirectement un homme mort.

Hélène m’observait.

— Elle a dit autre chose.

Ce n’était pas une question.

Je n’ai pas répondu.

Son regard s’est durci.

— Je connais Sophie. Si elle t’a appelée après quinze ans, elle ne l’a pas fait simplement pour te dire de rester ici.

— Vous connaissiez Sophie, ai-je corrigé. Il y a quinze ans.

Une douleur étrange a traversé son visage.

— Oui.

Antoine s’est placé entre nous.

— Ça suffit. On ne va pas commencer à s’accuser les uns les autres.

J’ai regardé l’homme que j’aurais dû épouser quelques minutes plus tôt.

Quatre ans.

Quatre années à dormir contre lui, à construire des projets, à rire de choses que personne d’autre ne trouvait drôles. Tout en moi voulait lui faire confiance.

Mais quinze ans auparavant, ma mère avait écrit : « Ne fais confiance à personne simplement parce qu’il porte le nom Delorme. »

Et aujourd’hui elle venait de me dire que celui qui avait pris les dossiers était encore avec nous.

Je me suis dirigée vers la porte.

— Où vas-tu ? demanda Antoine.

— Faire partir les invités.

— Et après ?

J’ai ouvert la porte.

— Après, je vais chercher ma mère.

La nouvelle que le mariage était suspendu s’est répandue dans le domaine en quelques minutes. Je n’ai donné aucune explication. Je n’en étais pas capable. Certaines personnes m’ont regardée avec compassion, d’autres avec cette curiosité presque indécente que les catastrophes privées éveillent chez ceux qui n’en souffrent pas. Ma meilleure amie, Élodie, m’a attrapée près de l’escalier.

— Camille, qu’est-ce qui se passe ?

— Je t’expliquerai.

— Tu trembles.

— Je vais bien.

— Non.

Elle connaissait suffisamment mes mensonges pour ne pas insister. Elle m’a simplement serrée dans ses bras.

— Appelle-moi dès que tu as besoin de moi.

Lorsque le dernier invité a quitté le domaine, le soleil commençait déjà à descendre derrière les vignes.

Antoine m’a retrouvée dans la chambre où j’avais laissé mes affaires.

J’avais retiré mon voile. Ma robe blanche me paraissait maintenant absurde.

— Tu vas vraiment partir ?

Je glissais un jean dans un sac.

— Oui.

— Alors je viens.

— Non.

Il s’est figé.

— Pourquoi ?

Je n’ai pas réussi à le regarder.

— Parce que je ne sais plus à qui faire confiance.

Le silence qui a suivi m’a fait mal.

— Tu crois que j’ai quelque chose à voir avec ça ?

— Je ne sais pas.

— J’avais douze ans quand ta mère a disparu.

— Je sais.

— Alors regarde-moi et dis-moi que tu penses que je pourrais te faire du mal.

J’ai enfin levé les yeux.

Il avait l’air blessé.

— Je pense que nos parents nous ont menti pendant des années. Je pense que ma mère vient de me parler pour la première fois depuis mes dix-sept ans. Et je pense qu’elle avait peur que quelqu’un l’entende. Voilà ce que je pense.

Antoine s’est approché.

— Et notre mariage ?

J’ai regardé ma bague posée sur la coiffeuse.

— Je ne peux pas répondre à cette question aujourd’hui.

Il a baissé la tête.

Puis il a sorti quelque chose de la poche intérieure de sa veste.

Une clé.

Petite, ancienne, avec une étiquette métallique portant un numéro : 17.

— J’ai trouvé ça dans les affaires de mon père après sa mort.

Je l’ai regardé.

— Pourquoi tu me montres ça maintenant ?

— Parce que je viens de comprendre quelque chose.

Il a retourné l’étiquette.

Trois lettres étaient gravées au dos.

L.B.B.

— Louise Bernard, Beaujeu, murmurai-je.

— C’est ce que je pense.

— Tu avais cette clé depuis six ans ?

— Oui. Je croyais qu’elle ouvrait un meuble ou une cave appartenant à mon père.

La colère a recommencé à monter.

— Et tu ne l’as jamais montrée à ta mère ?

— Non. Mon père et elle ne partageaient presque plus rien à la fin de leur mariage.

Je lui ai tendu la main.

— Donne-la-moi.

Il a hésité.

— Si ta mère t’a dit de ne pas aller dans cette maison, peut-être qu’on devrait l’écouter.

— Ma mère m’a aussi demandé pendant quinze ans de croire qu’elle m’avait abandonnée.

Il a posé la clé dans ma paume.

Une heure plus tard, j’étais sur la route de Beaujeu.

Seule.

Du moins, c’est ce que je croyais.

Après une vingtaine de kilomètres, j’ai remarqué les mêmes phares dans mon rétroviseur.

Une voiture sombre gardait toujours la même distance.

J’ai accéléré.

Elle aussi.

J’ai pris une sortie secondaire sans prévenir.

La voiture a suivi.

Mon cœur s’est emballé.

J’ai appelé Antoine.

— Quelqu’un me suit.

— Où es-tu ?

— Sur la D337.

— Camille, arrête-toi dans un endroit fréquenté.

— Il n’y a rien ici.

— Je viens te chercher.

— Non. Reste avec ta mère.

— Arrête de décider seul—

La communication s’est coupée lorsque mon téléphone a perdu le réseau.

La voiture derrière moi s’est rapprochée.

J’ai serré le volant.

Puis, à l’entrée d’un petit village, elle a soudain tourné à gauche et disparu.

Je suis restée quelques secondes immobile sur le bas-côté, le souffle court.

Peut-être que j’avais imaginé le danger.

Peut-être pas.

La maison de ma grand-mère se trouvait exactement comme dans mes souvenirs, au bout d’un chemin étroit entouré d’arbres. Elle avait été rénovée, mais les murs de pierre étaient toujours là.

Étrangement, aucune lumière n’était allumée.

J’ai garé ma voiture loin du portail et continué à pied.

La grille était ouverte.

La porte d’entrée aussi.

J’aurais dû repartir.

Au lieu de cela, j’ai sorti la petite clé.

À l’intérieur, l’air sentait le bois humide et la poussière. Des meubles recouverts de draps occupaient le salon. Personne ne semblait vivre ici depuis longtemps.

Je suis montée directement vers les combles.

Chaque marche faisait remonter un souvenir.

Ma mère qui riait.

Ma mère qui me portait lorsque j’étais trop fatiguée.

Ma mère qui éteignait la lumière et me demandait de compter les étoiles phosphorescentes collées au plafond.

La porte des combles était fermée.

La clé numéro 17 est entrée parfaitement dans la serrure.

J’ai senti mon cœur cogner.

La pièce était presque vide.

Mais les étoiles étaient encore là.

Vieillies, décolorées.

J’ai allumé la lampe de mon téléphone.

« Là où Camille a appris à compter les étoiles. »

J’ai commencé à les compter.

Une.

Deux.

Trois.

Arrivée à la dix-septième, j’ai remarqué qu’elle était légèrement différente des autres.

Je l’ai décollée.

Derrière se trouvait une petite cavité.

Vide.

Quelqu’un était passé avant moi.

Puis j’ai vu une marque fraîche dans la poussière.

Une empreinte de chaussure.

Je n’étais pas la première personne entrée ici récemment.

Un bruit a retenti en bas.

La porte d’entrée.

Je me suis figée.

Des pas.

Lents.

Ils ont commencé à monter l’escalier.

J’ai regardé autour de moi. Aucune autre sortie, à part une petite fenêtre donnant sur le toit.

— Camille ?

J’ai reconnu la voix.

Antoine.

J’ai expiré brutalement.

— Ici.

Quelques secondes plus tard, il est apparu dans l’encadrement.

— Tu es complètement folle.

— Tu m’as suivie ?

— Oui.

— Avec une voiture noire ?

Il a froncé les sourcils.

— Non. Je suis venu avec ma voiture.

Je lui ai montré la cavité.

— Les dossiers étaient ici.

— Étaient ?

— Quelqu’un les a pris.

Antoine s’est accroupi.

— Regarde.

Au fond de la cavité, quelque chose brillait.

Il a passé deux doigts à l’intérieur et en a sorti une petite carte mémoire.

Nous nous sommes regardés.

— Peut-être que tout n’a pas disparu, murmurai-je.

Nous sommes redescendus. Antoine avait son ordinateur portable dans la voiture. Nous nous sommes installés à la vieille table de la cuisine.

La carte contenait vingt-sept fichiers.

Des relevés bancaires.

Des scans de contrats.

Des listes de noms.

Plusieurs documents portaient la signature de Philippe Delorme.

Mais à mesure que nous avancions, quelque chose devenait étrange.

Les transferts ne partaient pas des sociétés de Philippe.

Ils y arrivaient.

— Quelqu’un utilisait ses comptes, murmura Antoine.

Puis nous avons trouvé un dossier intitulé « PROTECTION ».

À l’intérieur se trouvait un enregistrement audio.

J’ai appuyé sur lecture.

La voix de ma mère a rempli la cuisine.

« 14 septembre 2011. Si quelqu’un trouve cet enregistrement, Philippe Delorme n’est pas responsable. Il essaie de m’aider à identifier la personne qui détourne l’argent. Hélène pense encore que son mari est impliqué. Nous ne pouvons pas lui dire la vérité tant que nous ne savons pas jusqu’où va le réseau. »

Antoine m’a regardée.

Son père était innocent.

L’enregistrement continuait.

« Michel dit que je devrais arrêter. Il a peur pour Camille. Je comprends sa peur, mais je ne peux pas abandonner maintenant. Philippe pense avoir identifié celui qui utilise les comptes de la fondation. »

Un bruit de papier.

Puis ma mère a prononcé une phrase qui m’a glacée.

« Il s’agit de quelqu’un que je connais depuis longtemps. »

L’enregistrement s’est interrompu.

— C’est tout ? demanda Antoine.

— Il doit y avoir autre chose.

Nous avons ouvert les fichiers suivants.

Le dernier était une vidéo.

Ma mère apparaissait dans cette même cuisine, quinze ans plus jeune. Philippe Delorme se tenait à côté d’elle.

— Si nous avons raison, disait Philippe, il faut remettre ça directement au procureur.

— Et Michel ?

— Ne lui dites rien pour l’instant.

Ma mère semblait choquée.

— Pourquoi ?

Philippe a regardé derrière lui avant de répondre.

— Parce que quelqu’un utilise votre mari.

L’image s’est figée.

Puis l’écran est devenu noir.

Antoine a murmuré :

— Ton père.

J’ai secoué la tête.

— Non. Maman a dit que celui qui avait pris les dossiers était encore avec nous. Elle ne voulait peut-être pas dire physiquement.

Un bruit de moteur a retenti dehors.

Nous nous sommes précipités vers la fenêtre.

Une voiture venait de s’arrêter devant la maison.

La même voiture sombre qui m’avait suivie.

La portière s’est ouverte.

Hélène en est sortie.

Antoine a juré à voix basse.

— C’était elle ?

Je n’ai pas répondu.

Hélène est entrée quelques secondes plus tard.

— Camille !

Elle nous a trouvés dans la cuisine.

Son regard est immédiatement tombé sur l’ordinateur.

— Vous avez trouvé la carte.

Je me suis figée.

— Comment savez-vous qu’il y avait une carte ?

Elle a compris trop tard ce qu’elle venait de dire.

Antoine s’est levé.

— Maman ?

Hélène a fermé les yeux.

— Je peux expliquer.

— Alors expliquez-moi pourquoi vous saviez exactement ce que nous trouverions ici.

Elle a posé ses clés sur la table.

— Parce que je suis déjà venue.

— Quand ?

— Il y a quinze ans.

Le silence est tombé.

— C’est vous qui avez pris les dossiers ? ai-je demandé.

— Non.

— Ma mère m’a dit que la personne qui les avait pris était encore avec nous.

Hélène m’a regardée droit dans les yeux.

— Elle disait la vérité.

Antoine s’est placé devant sa mère.

— Qui les a pris ?

Hélène a ouvert son sac.

Elle en a sorti une photographie ancienne.

On y voyait ma mère devant cette maison. Philippe était à côté d’elle.

Et derrière eux se tenait un troisième homme.

Mon père.

Mais ce n’est pas lui qui m’a fait arrêter de respirer.

À côté de Michel se trouvait une quatrième personne.

Une femme que je connaissais très bien.

— Non…

Antoine s’est penché vers la photographie.

— Camille, qui est-ce ?

Je n’arrivais plus à parler.

La femme avait quinze ans de moins, mais son visage était impossible à confondre.

Je l’avais serrée dans mes bras moins de deux heures auparavant.

Ma meilleure amie.

Élodie.

— Elle avait dix-neuf ans à l’époque, murmurai-je. Pourquoi Élodie était-elle avec ma mère ?

Hélène m’a regardée avec une tristesse que je ne comprenais pas.

— Parce qu’Élodie ne t’a jamais rencontrée par hasard.

Mon téléphone a vibré.

Un message d’Élodie venait d’apparaître.

« Camille, ne fais rien avant que je t’explique. Je suis devant la maison. » “

No comments yet